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Une protéine à l’origine de l’anorexie et de la boulimie

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VIDÉO. Une équipe de Rouen a identifié dans notre flore intestinale une protéine qui modifie la sensation de satiété. Un espoir pour traiter les troubles alimentaires.

Selon les spécialistes, les troubles du comportement alimentaire – l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie – touchent de 5 à 10 % de la population générale (dont des adultes qui n’arrivent jamais à sortir de ce piège et qui se sentent souvent abandonnés). La proportion atteindrait même 15 à 20 % des adolescents et des adultes jeunes, si l’on y ajoute les formes moins bien définies ou atypiques. Malgré cette fréquence et la multiplication d’études psychiatriques, génétiques ou neurobiologiques, les mécanismes biologiques en cause n’ont pas livré tous leurs secrets, loin de là. Mais la récente découverte de chercheurs de l’unité Inserm 1073* pourrait changer la donne. Cette équipe vient, en effet, de démontrer l’implication d’une protéine produite par certaines bactéries intestinales. Ses résultats ont été publiés mardi par la revue Translational Psychiatry.

Les chercheurs de Rouen, qui s’intéressent aux liens entre l’intestin et le cerveau, ont identifié une protéine qui est le sosie de l’hormone de la satiété (la mélanotropine). Cette protéine est fabriquée par certaines bactéries comme Escherichia coli qui sont naturellement présentes dans notre flore intestinale. Normalement, l’organisme produit des anticorps contre cette protéine. Mais ces anticorps “vont aussi se lier à l’hormone de la satiété du fait de son homologie de structure et donc modifier l’effet satiétogène de l’hormone”, précise l’Inserm dans son communiqué. Cela peut avoir deux conséquences opposées : la sensation de satiété est atteinte (d’où une anorexie) ou elle ne l’est plus (d’où une hyperphagie, voire une boulimie). “Par ailleurs, la protéine bactérienne apparaît elle-même avoir des propriétés anorexigènes”, est-il aussi indiqué.

“De nouvelles perspectives de diagnostic et de traitement”

Pour aboutir à ce résultat, les chercheurs ont modifié la composition de la flore intestinale de la souris, ce qui leur a permis d’étudier leur réponse immunologique et comportementale lors de la prise d’aliments. Puis ils ont tenté d’évaluer l’implication probable de cette protéine bactérienne chez 60 patients souffrant de troubles du comportement alimentaire. Ils ont ainsi montré que les taux plasmatiques d’anticorps dirigés contre cette protéine et la mélanotropine sont plus élevés chez eux que dans la population générale.

De plus, les auteurs notent que leur réponse immunologique va déterminer le développement des troubles alimentaires vers l’anorexie ou la boulimie, mais sans entrer dans les détails. “Ces données valident ainsi l’implication de la protéine bactérienne dans la régulation de l’appétit et ouvrent de nouvelles perspectives de diagnostic et de traitement spécifique des troubles du comportement alimentaire”, concluent-ils.

Ils annoncent qu’ils travaillent actuellement au développement d’un test sanguin basé sur la détection de la protéine bactérienne en cause. “Si nous y arrivons, il permettrait la mise en place de thérapies spécifiques et individualisées des troubles du comportement alimentaire”, affirment-ils. Des résultats évidemment attendus par les malades et leurs familles. En parallèle, ils tentent de découvrir, chez la souris, le moyen de corriger l’action de la protéine bactérienne pour empêcher la dérégulation de la prise alimentaire qu’elle engendre.
Source : LePoint.fr


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