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Christophe André J’ai fait ce métier pour guérir les gens.

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Néo-épicuriens. La félicité est à la portée de tous. Trois experts nous guident dans notre quête.

Il s’assied et déplie ses longues jambes de sauterelle. Il est immense, et, avec ce crâne lisse comme un galet poli, avec ce débit, surtout, étonnamment lent, il a l’air tombé d’un astéroïde. Dehors, le bruit d’un marteau piqueur. La fenêtre est ouverte, il ne songe pas à la fermer. Voilà, c’est Christophe André. Son bureau de l’hôpital Sainte-Anne est à son image : calme en dépit du vacarme, monacal. Un lit, des murs nus, une table presque vide. Ceux qui d’ordinaire défilent dans cette petite pièce ne sont pas à la fête, dépressifs, anxieux, phobiques et malades de l’estime de soi, handicapés du bonheur en tout genre qui viennent soigner auprès de cet homme paisible leurs ruminations et leurs peurs de vivre. Une heure au minimum la séance. Souvent deux. Le chef de file des thérapeutes comportementalistes ne traite pas à la chaîne et refuse par conséquent chaque jour de nouveaux patients. Car Christophe André est une star, un phénomène éditorial qui vend chacun de ses livres à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires (1).”Je dois être dans le Top 5 des psys les plus médiatiques”, jauge-t-il. Il dit cela sans forfanterie. Sans auto-ironie non plus. Cette médiatisation flatte son ego, il l’admet. Elle l’auréole aussi d’un pouvoir qui l’effraie un peu : “Vous êtes mon dernier recours”, lui écrit-on souvent.

Rien ne le destinait à soigner la souffrance mentale. Pas de médecin, encore moins de psy, dans la famille, mais la simple lecture de Freud, en terminale, qui le révèle à sa vocation.”J’ai tout lu très vite et je suis entré en psychiatrie comme en religion.” La désillusion, en internat, est brutale. A l’époque – les années 80 -, le monde de la psychiatrie est voué au culte analytique lacanien. Les “psys” y exercent leur pouvoir intellectuel et médical en sphinx, traitent leurs patients de haut, expédient les séances en dix minutes, et sont souvent eux-mêmes, découvre le jeune interne, de grands malades…”Je me souviens d’un ponte venu doctement enseigner sur les phobies… et qui était lui-même gravement phobique. Un comble, dit-il. Mais le pire, c’était la façon dont les patients étaient infantilisés, dont leur souffrance était négligée par ces médecins aux postures supérieures. Moi, cela ne m’intéressait pas. J’avais fait ce métier pour guérir les gens.” Il se régénère en faisant un temps de l’obstétrique et revient à la maladie mentale par des voies buissonnières. La psychiatrie humaniste de Lucien Maillet. L’hypnose. Et les thérapies comportementales, déjà largement exploitées en Amérique du Nord. Les chefs de service auxquels il les expose sont consternés, mais lui y croit. Entre la cure analytique et les soins chimiques, qu’il ne conspue pas, il veut ouvrir en France cette troisième voie. Il est convaincu que la santé mentale, comme la forme physique, s’entretient, se travaille. Que l’on peut combattre le taux désespérant de rechute dépressive après traitement – 50 % – en apprenant au patient, hors période de maladie, à se recentrer sur l’instant présent, à cultiver sa joie de vivre. Un livre après l’autre, il prêche des idées simples – certains diront simplistes – sur cette inaptitude au bonheur dont souffrent tant de ses contemporains, mais qui, selon lui, se guérit. A Sainte-Anne, où il applique depuis 1992 ses méthodes peu conventionnelles, il a ouvert des séances de méditation de pleine conscience aux patients. Et lui-même médite, chaque matin, pour tenter d’incarner cette paix intérieure, cette joie tranquille d’exister qu’il prêche à ses lecteurs. On le croit bouddhiste, il est chrétien depuis le jour où, dévasté par la perte d’un ami mort d’un accident de moto dans ses bras, il franchit pour la première fois les portes d’un monastère.”J’étais un jeune psychiatre, et c’est à mes patients schizophrènes que j’ai demandé où ils allaient adoucir leur souffrance : ils m’ont indiqué un lieu de retraite bénédictin.” Lui qui, petit, élevé dans la détestation du religieux, levait le poing au passage des curés, est aujourd’hui un croyant habité. Et un psy décidé, pour trouver le bonheur, à ne pas attendre la vie éternelle

1. 490 000 exemplaires pour “L’estime de soi” (1999), 300 000 pour “Imparfaits, libres et heureux” (2006), 180 000 pour “Les états d’âme” (2009), chez Odile Jacob.

Sa définition du bonheur

C’est un acte de conscience qui transforme le bien-être (se sentir au chaud, en sécurité, être avec ceux qu’on aime) en bonheur. C’est-à-dire en un sentiment bien plus fort, bouleversant et enrichissant. Son meilleur souvenir d’instant heureux Je n’ai pas de ” meilleur ” souvenir, mais je me sens souvent heureux en regardant mes proches être eux-mêmes heureux. Et aussi les autres : voir des gens se réjouir me réjouit ! Son conseil Ouvrir les yeux de notre esprit, respirer, vivre l’instant présent. Ne pas passer à côté des propositions de bonheur que nous offre le quotidien : ciel bleu, sourire…
Source : LePoint.fr


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